Apprivoiser l'inconnu

April 3, 2020

La situation inédite de pandémie et de confinement dans laquelle nous sommes actuellement nous met face à l’inconnu de façon violente et forcée. Difficile de se projeter sur ce que nous ferons demain. Le parallèle entre cet inconnu et l’incertitude de toute démarche d’innovation est intéressant à faire.

 

 

Agir avec l’incertitude et la complexité

 

Que nous soyons aux plus hautes sphères de l’Etat, dans les cercles scientifiques initiés, au service de nos concitoyens les plus fragiles ou simplement chez nous pour éviter de propager le virus, nous sommes tous logés à la même enseigne. Nous ne pouvons pas prédire l’avenir.

 

C’est d’autant plus déstabilisant que nous sommes habitués à raisonner en fonction de buts à atteindre. Nous connaissons l’objectif et nous alignons les moyens pour arriver à nos fins. Nous adoptons les principes d’une démarche causale ou prédictive.

 

En innovation, nous côtoyons l’incertitude et la complexité tous les jours. Nous imaginons les moyens de déployer une solution qui n’existe pas encore, pour des utilisateurs encore inconnus et des usagers qui n’ont pas encore réalisé qu’ils avaient un besoin non ou mal satisfait à ce jour.

 

Apprendre à construire l’avenir

 

Si nous transposons dans le contexte actuel du Covid-19, nous devons, chacun à notre niveau, inventer des solutions pour nous adapter à la situation. Entre ceux qui se battent contre le virus sans savoir comment il va réagir aux traitements, ceux qui apprennent à télé-travailler avec des enfants à la maison, ceux qui instaurent des règles de confinement sans connaitre exactement la limite à fixer, ceux qui trouvent des alternatives pour financer les salaires des entreprises à l’arrêt ou encore ceux qui essaient de garder le lien avec les proches peu habitués à l’usage des outils numériques, tous fonctionnent avec les moyens dont ils disposent. Finis les objectifs ambitieux avec des KPIs stricts, c’est le moment du défi commun à relever, suffisamment motivant pour essayer tous à notre niveau d’y contribuer : sortir de la crise.

 

Pour prendre des décisions, chacun, selon son besoin, cherche les informations utiles pour établir des hypothèses et se lancer dans l’action. Nous sommes au cœur de la réflexion effectuale chère à l’innovation.

 

Comprendre les concepts en présence

 

Pragmatique, l’effectuation repose sur un précepte simple : « innover, c’est construire l’avenir et non pas le prédire ». Pour cela, elle offre une alternative à une démarche délibérée pour innover. En effet, une démarche délibérée implique de savoir pourquoi et comment agir dans un environnement maîtrisé alors que l’innovation nous projette dans un environnement incertain.

 

Pour illustrer la différence entre les deux paradigmes, regardons comment nous gérons une épidémie de grippe saisonnière et la pandémie du Covid-19. Dans les deux cas, l’humain est au centre. Cependant, nous connaissons parfaitement l’évolution des épidémies de grippe saisonnière et nous avons des médicaments et des vaccins efficaces pour les combattre. A contrario, au jour où j’écris ces lignes, nous n’avons encore ni traitement, ni vaccin pour contrer le Covid-19, nous ne maîtrisons pas encore son système de propagation et nous ne pouvons pas dessiner sa courbe d’évolution. Dans le premier cas, nous savons gérer et limiter le virus, dans le second cas, pour le moment, nous testons différentes approches pour comprendre comment agir. Et dans l’expectative, nous confinons l’humanité pour éviter une propagation qui anéantirait tous nos systèmes de santé

 

Explorer l’effectuation

 

Reposant sur 5 principes fort, la théorie de l’effectuation aide à construire un avenir incertain.

  • Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras : ce sont mes ressources qui définissent mes objectifs et non l’inverse. Je m’appuie sur qui je suis, ce que je connais, qui je connais… Je démarre avec ce que j’ai car les conditions idéales ne se présentent jamais.

  • La perte acceptable : je raisonne sur les efforts en termes de ressources que représente mon projet  (budget, temps, énergie, ressources…) et sur ce que j’accepte de perdre si je me trompe.

  • Le patchwork fou : je m’entoure pour avancer et je reste à l’écoute des opportunités qui peuvent se présenter. Le projet est un patchwork évolutif, fruit d’interactions constantes avec des parties prenantes.

  • La limonade : je tire parti des surprises qui surviennent sur mon chemin, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. J’alloue plus de temps à la pratique. Je suis concret et je m’adapte.

  • Le pilote dans l’avion : je regarde le monde comme je veux le changer. Je ne pense pas que demain est déjà gravé dans le marbre, c’est moi qui l’écris. Je ne prédis pas mon avenir, je trace mon propre chemin.

Créer les conditions de l’innovation

 

L’incertitude et la complexité qui accompagnent l’innovation exigent des managers chevronnés, des leaders inspirants, véritables guides qui donnent vie à des paris audacieux.

 

L’inconnu qui nous fait face aujourd’hui nous demande de regarder le monde autrement, de faire preuve d’empathie envers nos collègues, nos clients, nos proches, nos voisins.

 

L’écrivaine et intellectuelle américaine Marianne Williamson, dit que « Le monde change quand nous changeons. » Alors apprenons à changer et adoptons la posture de l’innovateur pour faire face aux défis qui se présentent à nous.

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