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  • Valérie CAILLIEZ

L'innovation peut-elle être une fin en soi ?



Dans la société actuelle, l’innovation est la quête absolue, la raison d’être des entreprises, la meilleure façon de continuer à croitre. La course à l’innovation est devenue un sport d’entreprise assez bien partagé. Cependant si cet idéal est un puissant moteur économique, il est de plus en plus remis en cause.


Innover pour innover nous amène aussi à produire l’effet inverse. A force de chercher à innover sans cesse sur tous les terrains, les humains s’épuisent et se lassent de cette pression supplémentaire dans un monde déjà devenu fou par son accélération. Toutes ces innovations font-elles vraiment avancer les choses ? A vouloir innover à tout prix, on peut parfois créer de l’inutile, du superflu, du gadget. Aujourd'hui, l’injonction d’innover n’a jamais été aussi dépourvue de sens.


Partenaire intime de la stratégie de l’entreprise, l’innovation n’a d’intérêt que si elle sert une cause réelle de progrès, progrès pour ses salariés, progrès pour ses clients, progrès pour son écosystème, progrès pour la planète et ses habitants... Dans un monde en transition, le choix de l’action est riche de sens et l’innovation peut tout autant devenir contributrice d’un avenir meilleur que complice d’une tendance destructrice. A chacun de choisir son camp.


Récemment, le magazine Usbek et Rica proposait d’arrêter d’innover pour basculer dans l’âge de la maintenance. Sage vision pour contrer l’accumulation sans fin de produits dont le besoin n’est pas toujours avéré et pour revenir à une consommation raisonnée. Innover pour maintenir, innover pour réparer, réutiliser, recycler, innover pour sauver les espèces, innover pour consommer moins d’énergie, innover pour réapprendre à utiliser nos ressources à bon escient. Finalement est-ce le besoin d’innover le moteur ? N’est-ce pas plutôt l’enjeu qui devrait pousser à innover ?


A trop vouloir chercher l’innovation, ne mettons-nous pas le doigt dans un engrenage contreproductif qui nous éloigne de l’essence même de l’innovation. Une innovation ne doit-elle pas apporter une solution nouvelle créatrice de valeur ? N’a-t-elle pas d’autant plus d’effet pour l’entreprise qu’elle est alignée avec sa stratégie ? Accepter l’innovation gadget ou négative reviendrait à mésestimer l’entreprise et rabaisser sa stratégie et son ambition à une simple affaire de mercantilisme.


Si l’innovation est bien au service de la stratégie de l’entreprise, doit-elle pour autant servir ses démons ? Est-il indispensable de pousser à toujours consommer plus ? Est-il honnête de prévoir une obsolescence ? Est-il responsable de générer autant de déchets ? Est-il acceptable de ne penser que court terme ?


Dans un monde en pleine évolution, l’innovation ne doit-elle pas au contraire servir le changement, accompagner les transitions, apporter les solutions aux enjeux de demain ? Elle acquiert ses lettres de noblesse si elle peut embrasser d’un même élan la cause de l’entreprise, celle de ses clients et celle plus largement de son environnement. Point de recherche d’absolu vertueux, juste un pas vers un monde meilleur. N’est-ce pas le slogan récurrent des entreprises qui veulent changer le monde ?


L’innovation a une responsabilité à porter, si nous voulons changer la donne et construire un monde pérenne. Elle peut être l’alliée des transformations positives. Revenons alors peut-être aux fondamentaux et abordons une innovation juste et raisonnée. Non pas dans l’élan qu’elle doit apporter car les enjeux méritent de se dépasser et d’oser de nouveaux chemins, mais bien dans les impacts sur lesquels elle choisit d’agir. L’innovation est faite de petits pas, de grands bonds et de pas de côté, et si parfois il fallait faire un pas en arrière pour avancer ?


Prêts à oser ce pas avec toute la connaissance acquise dans l’expérience ?