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Prof, moi ?

Photo du rédacteur: Valérie CAILLIEZ
Valérie CAILLIEZ
1 sept.
3 min de lecture
Prof, moi ?

Prof, moi ? Ça, jamais, aurais-je répondu quand j’avais vingt ans. J'ai grandi avec un père enseignant-chercheur en mathématiques et une mère professeure de SVT, l'un à l'université, l'autre au collège, tous deux embarqués corps et âme dans l'Éducation Nationale et l'Enseignement Supérieur. Je les ai regardés vivre ce métier pendant vingt ans, les préparations de cours, les examens, les copies, les conseils de classe... Ça ne m'a jamais donné la moindre envie de leur ressembler sur ce point-là.


Et puis la vie s'en est mêlée, comme souvent. Encore salariée dans le textile, on m'a proposé plusieurs fois d'aller raconter à des élèves comment naissent les tendances de mode : pourquoi telle matière ou telle couleur s'impose une saison plutôt qu'une autre, qui décide, comment ça se fabrique vraiment. Je trouvais ça plutôt rigolo, sans y voir davantage qu'une parenthèse amusante. Sauf que pendant dix ans, chez Première Vision, j'ai conçu des expositions pédagogiques pour expliquer comment on fabrique un fil, une matière, un textile. Et là, sans que je le décide vraiment, quelque chose s'est installé : j'adorais ça.


Aujourd'hui je conçois aussi des jeux pour faire réfléchir des équipes, pour les aider à construire une stratégie ou simplement mieux travailler ensemble. Indépendante depuis 2015, je n'ai pourtant commencé à former des adultes qu'en 2017, en formation continue, ce qui n'a jamais eu grand-chose à voir avec l'enseignement au sens où je l'avais toujours refusé. Mon premier vrai pas dans ce qu'on pourrait appeler enseigner, c'est l'Université de Lyon en 2019, dans un parcours particulier de l'école doctorale consacré à l'entrepreneuriat. On était loin d’un cours de math ou de français !


De fil en aiguille, les sollicitations se sont multipliées, toujours dans des cadres particuliers, jamais dans l'Éducation Nationale. Aujourd'hui j'interviens auprès de plusieurs écoles, et j'ai mes préférences : les doctorants de l'Université de Lyon (mes chouchous), les futurs ingénieurs en Biotechnologie de l'Université catholique, les étudiants de Burgundy School of Business, d'ICN (mon école, il y a bien longtemps), de l’EFAB en immobilier, de Modart en mode. Je préfère largement les masters et les doctorants aux plus jeunes : ils ont déjà un pied dans le réel, et ça change tout dans une salle.


Ce que j'amène, c'est de la méthodologie : comment fonctionne l'innovation, comment on entreprend, comment on explore les futurs possibles en prospective. Des sujets qui les ouvrent, qui les rendent acteurs plutôt que spectateurs. Ce que je ne fais jamais, en revanche, c'est un cours magistral, descendant et théorique. Ça ne m'amuse pas une seconde, et je doute que ça leur apprenne grand-chose non plus. Attention, je mets des apports théoriques mais jamais longtemps, par touche, juste ce qu’il faut avant de passer à la pratique.


Car ce qui m'amuse vraiment, c'est de construire un cas concret, de mettre les étudiants en groupe, de les regarder imaginer une solution à laquelle je n'avais pas pensé moi-même. Sans aller jusqu'à donner raison à mes parents, sans pour autant reprendre un mot que j'ai fui pendant vingt ans, je crois que j'ai fini par trouver ma version à moi de l'enseignement.


Prof, moi ? Peut-être bien, finalement, mais à ma façon : sans tableau, sans programme imposé (enfin si, il y a toujours un cadre…), surtout des questions et des équipes qui cherchent ensemble à résoudre des problèmes.



Ma copine IA m'a tiré le portrait selon mes directives, je me reconnais, pas vous ?


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