Aventurière, moi ? Peut-être pas comme vous l’imaginez.
- Valérie CAILLIEZ

- il y a 2 jours
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Si on me demande aujourd'hui de raconter mes aventures, je n'ai plus grand-chose à montrer côté tampons sur le passeport. Depuis plusieurs années, je voyage essentiellement en train, et ça limite forcément les distances et l'accès à certains pays. C'est volontaire. Mes convictions me demandaient de ralentir, et j'ai fini par les écouter plutôt que de continuer comme avant.
Pourtant j'ai beaucoup voyagé dans ma vie, tant professionnellement que personnellement. L’avion, j’ai beaucoup connu aussi, parfois jusqu’à l’excès, au point de ne plus savoir dans quel pays j’étais au réveil… Et c'est justement ce qui m'a permis de comprendre que mon goût de l'aventure n'avait jamais été vraiment géographique. Il était ailleurs, et il y est resté.
Elle n’a pas toujours été dans les exploits sportifs non plus, même si c’est moi à gauche sur la photo, au sommet du Mont Blanc. J’étais une mordue de rando glacière et d’escalade à l’époque, une passion héritée de mon père, à droite sur l’image. J’aimais l’effort contemplatif de gravir une montage, la peur du vide parfois dans un passage un peu gazeux, le bonheur de découvrir la vue du sommet. J’écris ces mots d’ailleurs en contemplant, en face de moi, un sommet que j’ai gravi, il y a déjà longtemps.
Pour moi, l'aventure est surtout intellectuelle. Elle se déclenche quand j'aborde un secteur d'activité que je ne connais pas, un territoire que je n'ai jamais exploré, un modèle économique qui sort des sentiers battus. Elle se loge dans un produit nouveau, un service qui n'existait pas hier, une façon de faire qui vient me surprendre. L'innovation, en somme, plus que le dépaysement.
C’est tout aussi dépaysant et il m’arrive encore de me faire peur en mettant le nez dans un sujet nouveau. En ce moment, je plonge avec délice dans la robotique et l’IA par exemple, et les découvertes sont une vraie bouffée d’air rafraichissante pour mes neurones. Aventurière de la tech, peut-être... pas certain non plus.
Alors quand je ralentis mes déplacements pour réduire mon impact, est-ce que je renonce à l'aventure ? Je ne crois pas. Je la déplace. Elle continue de se nourrir ailleurs : dans la curiosité pour ce que je ne connais pas encore, dans l'envie d'aller voir comment un autre secteur résout un problème que le mien n'a pas encore identifié, dans le plaisir de me faire surprendre par une idée plutôt que par un paysage.
Faut-il avoir vu le monde entier pour rester curieuse du monde ? Je ne le pense pas. Et si l'aventure, finalement, n'était jamais une question de kilomètres mais une question de regard ?

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