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Et si vos concurrents devenaient vos partenaires ?

Photo du rédacteur: Valérie CAILLIEZ
Valérie CAILLIEZ
il y a 11 minutes
3 min de lecture
Brouillons de futur #9 - Et si vos concurrents devenaient vos partenaires ?


« Le futur récompense ceux qui savent coopérer avant de gagner. » Cette phrase pourrait être une citation d’une philosophe contemporaine sur le travail d’équipe, l’intelligence collective et la coopération.


Et si vos concurrents devenaient vos partenaires ?


Depuis plusieurs années, chaque mois, j'explore une hypothèse de futur qui vient gratter nos réflexes de dirigeants. Celle du Brouillon de futur #9 s'attaque à un totem particulièrement solide : la concurrence. Et si, face à la complexité croissante des marchés, la survie imposait de collaborer avec ceux qu'on a toujours regardés comme des rivaux ? R&D partagée, logistique commune, innovations ouvertes, outils de travail mutualisés, prêt de personnel : bienvenue dans la coopétition.


Saurez-vous créer aujourd’hui et demain avec ceux que vous cherchiez encore à dépasser hier ? La question n'est pas théorique. Elle suppose d'accepter de partager une partie de ce qui faisait jusque-là votre avantage, et de faire confiance à un acteur qu'on a longtemps considéré comme une menace plutôt que comme un allié possible.


Je le vois déjà poindre dans certaines de mes missions. Des PME industrielles qui mutualisent une ligne d'essai coûteuse plutôt que d'investir chacune de leur côté dans un équipement qu'elles n'utiliseraient qu'à moitié. Des ressourceries et structures de l'ESS qui partagent un projet de recherche au lieu de se marcher dessus. Rien d'affiché comme une révolution du modèle économique. Juste des arrangements discrets, nés de la contrainte budgétaire ou de la pénurie de compétences, qui grignotent peu à peu la frontière entre concurrent et partenaire.


Qu'est-ce qui pourrait rendre cette hypothèse réelle ? Les signaux ne manquent pas : coûts de la R&D et de la transition écologique devenus trop lourds pour une seule entreprise, pénurie de compétences techniques qui pousse des PME rivales à se prêter main-forte, cadres européens qui encouragent les consortiums d'innovation, crises successives qui ont montré les limites d'une compétition à tout prix. Rien ne garantit que la rivalité disparaisse. Mais tout indique qu'elle pourrait ne plus suffire, seule, à faire gagner une entreprise sur le long terme.


Quelles conséquences cela aurait-il sur votre activité ? Stratégiques d'abord : faudrait-il revoir ce qu'on considère comme un secret industriel à protéger à tout prix, et ce qu'on accepte de mettre en commun ? Organisationnelles ensuite : comment piloter un projet partagé avec un acteur qu'on a longtemps traité comme un adversaire, sans juriste dédié ni service achats formé à ce genre d'accord ? Culturelles enfin : comment préparer des équipes commerciales et R&D, formées à l'affrontement depuis toujours, à voir un concurrent entrer dans une réunion de travail ?


Quelles opportunités pourrait-elle créer ? Des économies d'échelle évidemment, sur des investissements que plus personne ne peut porter seul. Mais aussi une bascule plus profonde : celle d'un secteur qui gagnerait collectivement en résilience plutôt que de s'épuiser dans une course frontale. Pour des PME industrielles ou des structures de l'ESS aux moyens limités, la coopétition pourrait devenir moins une option qu'une condition de survie face à des acteurs bien plus puissants. Et d’ailleurs, même les grands groupes s’associent face aux enjeux qui les dépassent.


Comme chaque mois, cette Hypothèse de futur ne détient aucune vérité. Plus parti pris que démonstration exhaustive, elle vient simplement questionner nos réflexes et nous aider à prendre de la hauteur. Difficile de savoir si la coopétition deviendra la norme ou restera l'exception réservée aux plus contraints. Mais la question mérite d'être posée avant qu'un concurrent ne vous propose l'alliance en premier.


Et vous, accepteriez-vous de vous asseoir à la même table qu'un concurrent pour construire ensemble ce qu'aucun de vous deux ne peut plus porter seul ?



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