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Visionnaire, moi ? La question mérite qu'on s'y attarde.

  • Photo du rédacteur: Valérie CAILLIEZ
    Valérie CAILLIEZ
  • il y a 4 jours
  • 2 min de lecture
Valérie Cailliez visionnaire


Parce que visionnaire, ça fait peur. Ça évoque les prophètes, les gourous de la tech, ceux qui annoncent avec certitude ce que les autres n'ont pas encore vu. Pas ma tasse de thé. Pas façon Madame Irma, en tout cas.


La prospective, je la pratique depuis le début de ma carrière. Pas comme une discipline académique, comme une manière d'être. Ça a commencé avec la chasse de tendances pour Première Vision, cette grande messe du textile qui exige de sentir les couleurs, les matières, les envies de demain avant que les créateurs eux-mêmes ne les aient formalisées. J'ai eu la chance de travailler avec les grandes dames des bureaux de style, Li Edelkoort, Nelly Rodi, Dominique Peclers, et de côtoyer les équipes de Bernard Cathela et du Centre de Communication Avancée, le CCA, qui définissaient alors les sociaux-styles : ces profils de consommateurs du futur qui permettaient aux entreprises d'anticiper des comportements encore invisibles.


Ce que j'ai appris là, c'est que le futur ne se prédit pas. Il se lit, dans les marges, dans les conversations décalées, dans les signaux faibles qui chuchotent avant de crier. Il se regarde : une vraie culture de l'image, une consommation assez déraisonnable de films, de documentaires, de SF en tout genre et d'utopies SolarPunk ; ces récits qui imaginent un monde apaisé, avec d'autres modes de vie, d'autres modèles économiques, d'autres rapports à ce qu'on appelle la croissance.


Est-ce que ça fait de moi une visionnaire ? Pas sûre. Ce que je sais faire, c'est lire énormément de choses hétéroclites - théoriques, techniques, grand public, professionnelles, liées à la prospective ou pas - et en faire des connexions que d'autres ne font pas encore. Observer les gens. Les écouter. Les questionner. Me laisser surprendre par ce qui n'a l'air de rien.


Et m'entourer de personnes extraordinaires qui amplifient cette façon de voir. Merci Julie Ezan-Zecca, Fanny Parise, Cécile Poignant, Pascaline Wilhelm, pour ce que vous apportez à ma façon de questionner le futur.


Ce que je suis, finalement, c'est une spécialiste du temps long. Avec option questionneuse en chef.


La différence avec Madame Irma ? Elle vous dit ce qui va arriver. Moi, je vous demande ce que vous voulez qu'il arrive. Ce n'est pas la même chose. Et c'est tout l'enjeu de la prospective que je pratique avec mes clients : pas anticiper le futur probable, mais construire ensemble les futurs désirables.


Quel futur souhaiteriez-vous voir arriver ?

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